Mots

Ce cadavre est exquis...

Lundi 30 août 2010 à 16:50

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Mon résumé : Italo Calvino est l'un des plus grands écrivains de la littérature italienne. il est l'auteur de nombreux romans, dont Les Villes invisibles, Si par une nuit d'hiver un voyageur, d'essais et d'articles. Les titres de ses oeuvres sont assez étranges et énigmatiques, c'est ce qui m'a intrigué et poussé à lire Le baron perché.
Le résumé sera assez court tout comme la vie de ce baron, puisque ce livre conte surtout des petites aventures, ou des anecdotes ayant rapport avec l'engagement de Côme Laverse du Rondeau, à savoir rester et vivre dans les arbres, et l'amour. Ce roman, écrit en 1957, raconte la vie au XVIIIème siècle d'un jeune aristocrate qui décide, suite à une dispute familiale, de grimper dans un arbre et de ne plus jamais en descendre pour prouver, d'une certaine façon, le vrai sens de la liberté et de l'intelligence. Il prend du recul sur la vie si conventionnelle qu'il menait jusqu'ici. Le point de vue externe est adopté, c'est son frère, plus sage, qui raconte l'histoire, cela permet aussi de laisser planer un doute quant à la véritable nature des histoires et agissements de Côme. En effet, le narrateur nous apprend qu'il nous raconte ce que son frère, lui-même, lui a conté. On peut penser que le baron perché a pu romancer ses aventures pour se donner du relief (on n'est pas un noble pour rien !) et pour donner envie à son frère de le rejoindre. La fin du baron m'a réellement surpris, c'est très bien trouver de la part de Calvino, et ne parlons même-pas des derniers mots du narrateur/écrivain, très touchants et très beaux.

Mon avis : Ce livre est très facile à lire, le style est travaillé sans pour autant être laborieux. On suit avec plaisir ce héros, vu par les yeux admirateurs de son frère, en quête d'idéal, bravant les injustices sociales et se rebellant contre la société : on pourrait parler d'un personnage romantique. Les références sont nombreuses, en matière de littérature, comme en matière d'histoire. Ainsi, le narrateur ira en France parler de son frère à... Voltaire ! assis dans son célèbre fauteuil accompagné de jeunes femmes, et Côme, du haut de son arbre adressera la parole à un Napoléon Bonaparte intrigué. Cette rencontre n'est d'ailleurs pas sans rappeler la rencontre de Diogène et d'Alexandre le Grand, à Côme et Napoléon eux-mêmes : "Si je n'eusse été l'empereur Napoléon, j'eusse bien voulu être le citoyen Côme Rondeau !" s'empresse de conclure Napoléon de sa rencontre. L'humour et les clins d'oeil sont donc bien présents.
Que peut-on alors reprocher à ce roman qui à première vue à l'air très bien ? Je vais vous répondre de façon directe : c'est l'ennui qu'on éprouve lorsqu'on lit les aventures du baron pendant les 19 premiers chapitres (ce livre compte en tout 30 chapitres ! donc 63% d'ennui !) Les anecdotes sont inintéressantes à souhait et on a vraiment du mal à s'attacher à ce héros un brin lunatique. J'ai même failli abandonner la lecture ! Par contre, et fort heureusement, à partir du vingtième chapitre, tout s'accélère, l'histoire devient vraiment intéressante et le baron, attachant. L'émotion s'intensifie aussi. Je divise donc ce livre en deux parties (très subjectives) : la première (chapitres 1 à 19), celle de la mise en situation, des anecdotes peu intéressantes et des rencontres diverses dans les arbres, et la seconde (chapitres 20 à 30), celle des émotions, de la nostalgie et de la fin du baron. Malgré tout, je pense que la première partie est "obligée" pour rentrer dans l'histoire et dans les aventures de ce drôle de héros, mais je n'ai pas du tout accroché.
Conclusion : Un livre charmant, léger et simple qui n'est pas si loin d'égaler Candide.
Ma note : 14/20.

Morceau choisi :
La fin du livre
« Ombreuse n’existe plus. Quand je regarde le ciel vide, je me demande si elle a vraiment existé. Ces découpes de branches et de feuilles, ces bifurcations ; ce ciel dont on ne voyait que des éclaboussures ou des pans irréguliers ; tout cela existait peut-être seulement pour que mon frère y circulât de son léger pas d’écureuil. C’était une broderie faite sur du néant, comme ce filet d’encre que je viens de laisser couler, page après page, bourré de ratures, de renvois, de pâtés nerveux, de taches, de lacunes, ce filet qui parfois égrène de gros pépins clairs, parfois se resserre en signes minuscules, en semis fins comme des points, tantôt revient sur lui-même, tantôt bifurque, tantôt assemble des grumeaux de phrase sur lit de feuille ou de nuages, qui achoppe, qui recommence aussitôt à s’entortiller et court, court, se déroule, pour envelopper une dernière grappe insensée de mots, d’idées de rêves — et c’est fini. »

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